Hypnoses 2014 – Un Colloque organisé par l’Arche (27 septembre 2014)

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Théâtre Adyar

 Lorsque l’on assiste à une « Première », quel que soit le type d’évènement, c’est généralement la curiosité et l’excitation de la découverte qui nous animent. Mais pour la deuxième édition, surtout si elle suit un succès, se mettent en marche une anticipation exigeante et une attente qui nous sussure à l’oreille : « Est-ce que ça va être aussi bien ? » Etait-ce l’envie de satisfaire et dépasser cette demande, ou la recherche de qualité apportée à tous les évènements depuis plus de 10 ans ? Toujours est-il que le programme affiché par l’Arche pour ce second Colloque s’annonçait prometteur : réunir sur une même scène un comédien, un ingénieur, un sportif de haut niveau, un neuropsychiatre, un leader de la Patrouille de France, une ostéopathe ou encore un écrivain à succès, le mélange paraissait improbable – et donc passionnant ! C’est donc avec une impatience partagée avec plus de 150 participants que j’ai retrouvé l’enceinte du théâtre Adyar, en ce samedi matin ensoleillé, pour assister à Hypnoses 2014.

L’hypnose autrement

De l’hypnose, on connaît dans le meilleur des cas une pratique de milieu hospitalier ou de cabinet. Le terme, comme le souligne à juste titre l’écrivain Bernard Werber lors de son intervention en fin de journée, est même trop souvent associé au champ du Cirque ou du Spectacle sulfureux, plus médiatiques. Mais imagine-t-on que des séances d’hypnose ont lieu en haut d’une montagne, sur une piste d’aviation, au pied d’un glacier ou même sur le terrain de jeu plus intime d’un cerveau, lorsque celui-ci reste le seul espace de liberté d’une personne atteinte de paralysie ?

CPI  Son cabinet d’hypnose, Claude Pinault l’a ainsi eu dans sa tête, pendant les plus de 300 jours où un Syndrôme de Guillain Barré aussi soudain que virulent l’a cloué dans un lit, privé de tout mouvement. Lorsqu’il s’avance sur scène, appuyé sur une canne qu’il n’utilise, dit-il, que pour se donner un petit côté « Dr House » et qu’il abandonne d’ailleurs très vite, on comprend l’intitulé de son intervention : La force du Mental. S’il est debout, face à nous, malgré toutes les prédictions pessimistes qu’il avait pu recevoir 7 années auparavant, c’est parce qu’il a pratiqué sans relâche un entraînement interne digne des escadrons les plus chevronnés. Conscience externe et dissociation pour se couper de la douleur.Voyage immobile pour recréer du mouvement. Projections positives pour imaginer une suite alors même qu’on lui prédisait la fin. Auto-programmation pour relever le challenge de ce professeur de service de réanimation qui lui a redonné espoir : « Montrez-nous ce que vous êtes capable de faire de cette maladie ».
Sans rien connaître à l’hypnose, Claude Pinault l’a utilisée, intuitivement, activant des forces intérieures qui lui ont permis de se battre, et de guérir.

De l’espace clos d’un lit médical à l’horizon immense du massif de Belledonne, il n’y a qu’un pas : celui de l’imagination, que Jonathan Bel Legroux franchit avec ses clients, en coaching sportif mais pas seulement. Pour remettre la motivation en marche, il accompagne un homme d’affaires en plein Burn Out dans une randonnée au-dessus de Grenoble. Combiner le rêve et l’action pour pratiquer une hypnose de l’instant, telle est la vision qu’a développée Jonathan au cours de ses (jeunes) années de combat personnel contre l’anorexie tout d’abord, puis contre les blessures physiques sévères qui ont entravé sa carrière de rugbyman professionnel.  Combiner le rêve et l’action pour redonner du mouvement. « Et là, ça change », dit-il avec cette force de conviction communicative qui est une belle illustration de ce que l’on appelle l’intention.

MTU  Le mouvement, c’est le quotidien de Martine Tual, comme le savent déjà les personnes qui étaient là lors de l’édition 2013 du Colloque. Elle se présente comme kinésithérapeute, podologue et ostéopathe, mais pourrait tout aussi bien être écrivain ou scénariste, tant son activité en centre spécialisé dans le traitement des polytraumatisés nécessite d’imagination. « C’est comme si on a un GPS dans le cerveau », dit-elle pour expliquer l’importance des objectifs que doivent se fixer ses patients pour se reconstruire. La métaphore est claire : où va-t-on, si on indique au GPS « pas Rome, pas Paris… » ? Nulle part, n’est-ce pas ? C’est pourtant ce que l’on fait lorsque l’on veut qu’un os, ou un muscle ne soit « pas coincé, pas douloureux, … ». Alors pour elle, l’hypnose, c’est permettre de donner la bonne direction, et pour cela, mettre les mots et les images, aussi créatives soient-elles, qui vont donner aux ressources les meilleures indications pour se mettre en place.

Si les indications peuvent passer par des mots ou des images, elles peuvent aussi être transmises par la musique : rien de surprenant a priori, sauf lorsque cela est expliqué par Cédric Tranchon, ex-leader de la Patrouille France. Au cours d’une intervention aussi bluffante que les vidéos d’Alphajets qui volent à 2m50 les uns des autres à des allures vertigineuses, le lieutenant-colonel explique la préparation mentale des 9 pilotes qui parviennent à « faire d’un exercice physique une œuvre d’art ». Visualisation des figures, mémorisation des positions, synchronisation totale de l’équipe sur la voix de son leader : les techniques hypnotiques sont omniprésentes, y compris dans la phase d’intégration de ces pilotes expérimentés à qui il faut « changer le câblage », pour apprendre de nouvelles façons de voler qui sont à l’inverse de tout ce à quoi que leurs milliers d’entrainements les ont habitués. Dans la salle, le temps suspens son vol (si l’on peut dire) lorsque Cédric Tranchon chorégraphie les instructions qui vont permettre aux avions autour de lui de fonctionner comme un seul appareil : l’importance de ce qui passe dans chaque tempo, ton de voix, rythme ou impulsion, lorsque la moindre erreur de communication risque de provoquer un accident fatal, est sans nul doute une des plus belles leçons d’hypnose que l’on peut recevoir en tant que praticien.

Si certains avaient encore des doutes, ces expériences d’hypnose  « hors du cadre » (si tant est qu’il y ait eu un cadre un jour) montrent que l’hypnose est déjà bien plus qu’une pratique : c’est un ensemble de pratiques, que chaque professionnel peut utiliser et enrichir.

L’hypnose, un manuel pour notre cerveau

Si l’hypnose a de multiples facettes, c’est à l’image de cette machine complexe et extraordinaire qu’est notre cerveau, comme le rappellent régulièrement Kevin Finel et Jean Dupré, maîtres de cérémonie de cette journée dense. Un cerveau capable de résilience, d’apprentissages et d’imagination, dont il est important de comprendre le fonctionnement pour mieux l’utiliser.

C’est notamment la passion de Michel Oughourlian, neuropsychiatre spécialisé dans l’étude des neurones miroirs et féru de philosophie. Avec cette accessibilité qui caractérise les vrais experts, il nous explique la force de l’imitation, et les impacts que peut avoir cette capacité de mimétisme sur nos différents comportements. L’imitation (renforcée par la répétition) est à la source de nos apprentissages – nous ne savons faire que parce que nous voyons faire d’abord. Mais l’imitation est aussi source de rivalité : je veux ce qu’a l’autre – et ce désir suscité est à l’origine des frustrations et de conflits, parfois sévères. Enfin, l’imitation peut aller jusqu’à la l’identification, lorsque la volonté de ressembler au modèle nous pousse à nous comporter comme lui et à vouloir ce qu’il possède – un ressort bien connu des publicitaires, et des praticiens en hypnose.

LBE  A cette vision de notre cerveau comme « machine à imiter », s’ajoute celle de Laurent Bertin, souvent développée dans les formations qu’il anime à l’Arche : il voit notre cerveau comme une « machine à apprendre, à avoir des besoins et à avoir peur ». Ces mécanismes, très inconscients, sont à l’origine de beaucoup de nos fonctionnements (nous apprenons en permanence de nombreuses choses, sans même avoir à y prêter attention) mais aussi de nos problèmes ! D’autant que ces 3 machines étant très connectées, le travail en hypnose est souvent à faire plusieurs niveaux, celui des apprentissages, des besoins et des peurs.
Avec son style honnête et sans fard qui remplit son intervention d’une belle émotion de proximité, Laurent explique comment ses propres peurs ont nourri ses réflexions, et comment l’essentiel de son travail stratégique est aujourd’hui lié à ce modèle.

L’apprentissage est également au cœur du sujet développé par Florent Ladrech, qui cherche, lui, à développer les capacités naturelles que l’on peut avoir à mémoriser, notamment. Et pour étayer l’adage pédagogique selon lequel « une bonne démonstration vaut mieux qu’une longue explication », il nous invite à fermer les yeux et… nous les rouvrons quelques minutes plus tard, après un voyage au cœur d’une histoire aussi improbable que mnémotechnique pour retenir, dans l’ordre, les 9 planètes du système solaire !Il souligne toutefois que la mémoire, si elle se travaille et se développe, n’est pas qu’une affaire de technique, et que l’accompagnement sur la gestion des émotions est un facteur complémentaire clé dans l’hypno-apprentissage.

C’est d’ailleurs ce lien entre intelligence et émotions / sensibilité sur lequel Dominique Espaze souhaite attirer notre attention, dans son intervention sur la « douance » (terme qui désigne le fait d’avoir une intelligence au-dessus de la moyenne, autrement dit d’être surdoué). Son expérience, ainsi que de récentes études, l’ont convaincue qu’une proportion importante des clients en thérapie/ coaching sont des personnes surdouées. Alors Dominique nous raconte les souffrances de cette Madame A ou de ce monsieur B, qui pourraient être les clients de n’importe quel praticien présent. Elle pointe leurs caractéristiques et leurs motifs de consultation, elle met en évidence ce lien, plus fréquent qu’on ne le croit, entre des échecs de vie et un potentiel mal géré.

Comprendre pour connaître, connaître pour aller pour loin : ces expertises qui nous sont partagées sont autant de sujets à développer que de pistes à approfondir. Au travers de cette succession d’interventions, l’idée de Kevin Finel de créer un Colloque pour stimuler l’échange et booster l’inspiration prend tout son sens.

Pourquoi –ou pour quoi – sommes-nous là ?

DPI  C’est avec cette question aussi simple qu’inattendue que David Picard ouvre le Colloque. C’est cette question, aussi simple qu’importante, que l’on retrouvera en filigrane durant toute la journée. Mais même si cette première invitation à l’introspection est proposée avec douceur et malice, on sent que l’on touche là à quelque chose d’essentiel : la capacité à se connecter aux émotions de l’autre, voire même, « au cœur de l’autre ». Une douceur de la forme qui permet au fond de s’exprimer avec puissance : pour David, le rôle du praticien en hypnose n’est ni plus ni moins que de poser des mines sur les barrages intérieurs des gens, pour leur ouvrir le chemin vers ce qui est vraiment important. Un accompagnement efficace vers le changement en profondeur, mais exigeant pour le thérapeute qui doit avoir le courage de plonger dans les ressentis, ceux de l’autre et bien-sûr, les siens.

Comment se connaître suffisamment pour cela ? Pour Théo Duverger, une piste est à chercher du côté du théâtre. Avec l’aisance et le plaisir d’un amoureux des planches, il nous livre une leçon d’hypnose empruntée à Stanislavski qui, dans sa « Formation de l’acteur », donne des clés de préparation mentale pour se glisser dans un rôle. Un cours de modélisation qui incite à « jouer fin, jouer vrai » pour aller au-delà de l’imitation, jusqu’à laisser la personnalité réelle du comédien se révéler au travers du personnage qu’il incarne.

Nous ne pouvons alors que repenser à l’intervention de Jean Barney, quelques heures plus tôt, qui nous a fait le cadeau de choisir un texte magnifique écrit par Claude Nougaro. Une histoire de plume d’ange à laquelle un homme veut croire, et dont il veut convaincre de l’existence les sceptiques autour de lui. Qui, du comédien à la voix profonde ou de son personnage un peu rêveur, veut nous emmener dans son histoire ? Jean Barney vibre, pleure et rit. Il incarne l’homme, puis ses détracteurs une seconde après. Il explore les facettes du texte avec toute la palette de ses émotions. La salle est suspendue à  ses mots, et chacun comprend, sans qu’aucune explication ne soit nécessaire, ce que mettre dans un état d’hypnose veut  dire.

Susciter ainsi l’attente est un ressort bien connu des séducteurs. Hypnose et séduction, quelle drôle d’idée ? Pourtant, décortiquée avec le naturel de Bertrand Millet, cette liaison a priori dangereuse devient simple et évidente. Pour lui, un Coach ou thérapeute doit être « créateur de divergence » : il doit faire sortir ses clients du schéma habituel de leurs problèmes ou tentatives de solutions, en leur permettant d’imaginer de nouvelles pistes auxquelles ils ne pensaient pas. Et pour cela, il est nécessaire de créer une attirance, pour que la personne aille vers ce nouveau mode, vers ce nouveau monde. C’est alors que les principes de séduction s’appliquent efficacement : laisser croire à l’autre que l’on a de quoi remplir ses besoins, savoir laisser de la distance ou dire non pour susciter l’envie, ou encore s’intéresser à l’autre pour lui donner l’impression d’être unique. Bien sûr, tout cela n’est possible que si le Coach / thérapeute se connaît et s’assume pour pouvoir être vrai – une caractéristique que Bertrand n’hésite pas à nous illustrer à sa manière aussi personnelle que décontractée… (aura-t-on la vidéo ? :-))

Les intervenants et les styles s’enchainent, les points de vue se multiplient. Alain Héril et Nathalie Grandhomme nous proposent pourtant une pause dans cet enchainement dynamique, en nous invitant au ralentissement.  Hélène Pau, elle, nous présente avec fougue et émotion son « meilleur ami » : l’intuition, qui est un allié précieux pour qui sait l’accueillir et se l’approprier, dans la pratique de l’hypnose mais pas seulement. Tibor le mentaliste, enfin, ponctue cette journée de démonstrations tout aussi ludiques qu’efficaces.

BWEPersonnages, idées, rythmes : ce Colloque réunit tous les ingrédients d’un bon roman, et c’est peut-être pour cela que Bernard Werber le clôture si naturellement. Le romancier, qui ne cache pas sont intérêt pour l’hypnose qu’il pratique régulièrement, répond en toute simplicité à Kevin Finel pour expliquer comment il l’utilise dans son processus de création. Rêve, imagination, jeu : celui qui maîtrise l’art d’entrainer les lecteurs dans le suspense fait le parallèle entre l’écriture et l’hypnose,  et c’est avec un plaisir évident (et partagé !) qu’il nous fait le cadeau d’une induction collective.

logoArche Au-delà de l’hypnose, le dénominateur commun de celles et ceux qui se sont succédés sous les feux de la rampe de Théâtre Adyar est sans nul doute la passion. Passion pour la découverte, passion pour leur activité et surtout, passion pour l’humain, sa complexité et sa capacité à changer.  Une passion telle que nous la transmet Kevin Finel et l’équipe de l’Arche. En cela, ce Colloque Hypnoses 2014 est un magnifique hommage à Milton Erickson.

 

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