Mon âge de glace

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C’est à près de 45 ans que je découvre les vertus d’un élément que jusqu’à présent j’avais toujours considéré comme un ennemi, ou au moins, cru très éloigné de moi : le froid.

Avez-vous remarqué que les conférences motivationnelles commencent souvent ainsi : « Tout allait bien, jusqu’au jour où… ». Et l’on apprend que le conférencier a dépassé un blocage, découvert une ressource ou franchi un cap de vie suite à un accident ou un obstacle. Si je devais écrire cet article façon TED, je dirais donc : « Tout allait bien jusqu’au 10 janvier 2018. J’avais couru le Marathon de Valence un mois plus tôt, et je préparais celui de Barcelone trois mois plus tard – mais ce soir d’entrainement là, une douleur fulgurante a explosé dans mon pied gauche à 100m de chez moi… ». Habituée à écouter mon corps, j’ai su avant même d’avoir franchi la porte d’entrée que cette fois, le message était impérieux – ce que le diagnostic a vite confirmé : aponévrosite, à savoir une inflammation de la voûte plantaire bien connue et redoutée en course à pied. L’obstacle était là : restait à découvrir ce qu’il allait me permettre d’apprendre !

Le corps sait

Je savais qu’il me fallait au plus tôt déposer ce pied entre des mains professionnelles – mais je partais pour deux semaines consécutives de formation d’hypnose à Paris, avec un agenda et des horaires peu compatibles avec ceux de soins réguliers. J’ai donc commencé par consulter les forums de running pour trouver d’éventuels conseils, exercices ou « trucs » qui me permettraient d’attendre le retour à Barcelone et l’expertise de mon ostéopathe. J’aurais pourtant dû savoir qu’Internet n’est pas une source intéressante de réponses pour ce type de sujet : « 8 mois à un an d’arrêt… », « traitement long et arrêt total des sports d’impact », voilà les sentences qui m’étaient proposées.

Première réaction : la peur, primaire, celle d’être privée d’un élément pour moi essentiel. Car la course à pied a pris depuis quelques années une grande place dans ma vie, plus qu’un sport ou un effort, c’est un équilibre qui rythme le quotidien et m’apporte un bien-être aussi mental que physique. Heureusement, j’ai un petit côté rebelle qui déteste être mis devant ce type de « verdict » sans appel : il m’avait déjà bien aidée pour dépasser l’annonce de la fibromyalgie, c’est donc lui que j’ai choisi d’écouter.

Ce qui a permis ma deuxième réaction, à savoir : le refus d’entendre les croyances pessimistes que je lisais, et le recours à l’auto-hypnose pour reléguer ces idées dans la Icecatégorie « pas pour moi ». J’ai aussi demandé à mon corps ce dont il avait besoin – puisqu’après tout, c’est quand même lui le mieux placé pour le savoir ! Je m’attendais à une réponse du type « accepter un temps de repos », mais j’étais loin de me douter que la réponse claire en forme d’évidence qui allait m’être proposée serait : « Le FROID »

Aimer l’inimaginable

J’avais entendu parler de la cryothérapie corps entier, et on m’avait recommandé une adresse à Paris Bastille : c’était l’occasion ! Je me retrouvais donc en sous-vêtements devant une cabine refroidie par de l’azote, supposée soumettre mon corps à une température glacée – mais en lisant -130 à -196 degrés sur les brochures, j’avais évité d’imaginer ce que cela pouvait représenter. Car au-delà de l’expérience, il s’agissait pour moi d’un véritable défi : mon rapport aux basses températures était, depuis aussi loin que je me souvenais, teinté de méfiance ou même de rejet, voire de peur… Combien de fois avais-je dis « Je ne suis pas faite pour le froid ? », privilégiant les destinations ensoleillées et les degrés cléments. Mais avec l’aide précieuse de Dorothée, de CryoFitness, qui a parfaitement su mettre en confiance la part rationnelle de moi qui avait besoin d’entendre que notre corps sait gérer, j’ai pu revenir à l’essentiel et me reconnecter à ce pour quoi j’étais là : pouvoir recommencer à courir, au plus vite.

3 minutes étonnantes, où les émotions se succèdent au fur et à mesure que le froid s’intensifie. Curiosité d’abord, lorsque l’azote commence à faire frissonner la peau. Panique pendant quelques instants, lorsque l’information « froid inhabituel » parvient au cerveau – et c’est là que deviennent clé la respiration, la concentration sur les bénéfices que cela va apporter et surtout, l’acceptation de la sensation. Pendant que Dorothée m’accompagnait de ses mots bienveillants en validant à quel point je traversais tout cela merveilleusement bien, les images de running dans la forêt de Collserola ou sur la plage de Barcelone ajoutaient à l’euphorie que je commençais à ressentir au fur à mesure que le temps s’égrainait.
Et j’ai aimé. Et j’ai halluciné d’aimer cette expérience, a priori tellement inimaginable pour moi.
Après 4 séances en une dizaine de jours, les résultats commençaient à être vraiment significatifs. Au-delà d’une énergie perceptible, l’effet sur la douleur était réel. Certes je ne courais pas, mais je marchais mieux, et plus longtemps. Lors de nos rencontres, Dorothée, à qui j’ai raconté mon vécu avec la fibromyalgie, m’a expliqué que la cryothérapie est un allié de choc qui calme les crises – moi qui à l’époque fuyait le froid… :-/

Ups, and downs …and ups !

De retour à Barcelone, mon ostéopathe, ses aiguilles et ses mains se sont attaqué à l’inflammation. Ponction sèche (ou Dry Needling) et massages, associés à de l’acuponcture : à chaque séance, je voyageais au cœur des sensations souvent vraiment douloureuses (les aiguilles dans le talon ont probablement leur chapitre quelque part dans un manuel de torture…), écoutant ses messages, concentrant l’énergie sur ce volcan bouillonnant que je visualisais à l’intérieur de mon pied. Nous étions en février, et estepsn l’absence de cryothérapie à Barcelone, c’est dans la fraîcheur de la mer hivernale que je suis allée chercher les bienfaits.

HappyC’est ainsi que le 11 février, soit 32 jours après avoir été stoppée net dans mon entraînement, je courais enfin quelques kilomètres, kiffant aux côtés des participants du semi-Marathon de Barcelone auquel j’avais bien sûr renoncé. Certes, la douleur était encore là, et mes jambes semblaient bloquées en mode « tortue », comme pour empêcher un effort trop intense de frapper le talon, mais j’avais déjoué les augures néfastes – j’en pleurais, en remerciant mon corps !
Souvent, lorsque l’on croit qu’une histoire s’achève bien, il y a un rebondissement. L’imprévu, pour moi, s’est nommé Ski de Fond. Activité d’entraînement et plaisir d’évoluer dans la nature particulièrement enneigée de cette année, je m’en suis donnée à cœur joie. Sans me douter que la chaussure raide et la foulée différente allaient agir comme un soufflet ravivant le feu de l’inflammation plantaire !
Retour à la case départ, ou presque. J’en pleurais, de découragement cette fois… Cependant, la routine ostéo – froid – énergie – auto-Hypnose était prise, et ce cocktail fonctionnait. Je pouvais même continuer à courir, une fois par semaine : le reste du temps j’en profitais pour renforcer muscles et cardio avec du cross-training, mais ma sortie hebdomadaire était autorisée par mon ostéopathe : « Je ne vais pas te dire de ne pas courir, j’ai bien compris que cela fait partie intégrante de ton traitement !! ». Les douches glacées sur les jambes, le pied dans les bassines d’eau gelée avaient aussi pris place dans mon quotidien, et je commençais donc à m’intéresser à ce pouvoir étrange et simple du froid. La graine était semée…

Le simple et étrange pouvoir du froid

J’avais entendu parler de Wim Hof à de nombreuses reprises, via les médias mais surtout par les WithWimHofquelques fans que sa méthode compte parmi mes collègues d’hypnose. Ce hollandais s’est fait connaître par de nombreux exploits de mise à l’épreuve de son organisme (tels qu’apnée sous la glace où Marathon dans le désert sans boire…), qui ont permis à la communauté scientifique de s’intéresser à ses hypothèses sur les pouvoirs naturels du corps humain à augmenter sa résistance, s’immuniser, se régénérer ou autres bénéfices – lesdits pouvoirs étant stimulés par 3 éléments : la respiration, la concentration et l’exposition au froid.

Je regardais les nombreuses vidéos disponibles, les tutos, et l’idée d’un stage commençait à sérieusement me titiller… et voici qu’un lundi matin d’avril, alors que je prends le soleil et un café avec mes amies dans le Chiringuito (Bar de plage) en bas de chez moi, je découvre avec surprise que mon voisin de table a un visage familier (et un tee-shirt improbable qui ne laisse aucune place au doute;-).
Iceman lui-même !
Je passe en mode groupie, et l’aborde le temps d’un bref échange adorable et de quelques photos souriantes.

Le serveur intrigué vient me demander en aparté si c’est quelqu’un d’important. Pour moi, il l’est, car croiser Wim Hof à ce moment-là est un signe assez clair qu’un atelier s’impose. Une date est justement disponible à Barcelone dans 2 semaines : j’y serai !

The Wim Hof Method

L’atelier est prévu pour 15h, mais la mise en condition débute dès la douche, pour laquelle je décide d’arrêter toute demi-mesure à base de diminution progressive de la température de l’eau. Directement et entièrement sous le jet glacé, je hurle, respire, et finis bizarrement euphorique et pleine d’énergie. Ça, il y a 2 mois encore, même en me payant cher je n’aurais pas voulu y songer !

IcePool

Le soleil est idéal pour un après-midi sur un RoofTop – et celui de YogaWeeks est particulièrement agréable. Nicole Peters et Bart Scholtissen nous y accueillent chaleureusement, et la dizaine de participants de toutes nationalités a la même réaction en découvrant la petite piscine bleutée qui finit de se remplir près de de 2 gros congélateurs qui, sans que l’on voit ce qu’ils contiennent, sont déjà une énorme suggestion : « Oh my God, this is it! ».

Animée avec simplicité et bonne humeur par les 2 instructeurs de la Méthode Wim Hof, l’après-midi est un mix de théorie et de pratique autour des concepts clés que sont tout d’abord la concentration et la respiration. Bien sûr, entre l’hypnose, la méditation ou encore la respiration holotropique que j’ai pratiquées, ces éléments et leur puissance me sont familiers – mais je décide d’être vraiment en page blanche pour profiter au maximum de l’expérience.

C’est encore une fois mon corps qui parvient à me surprendre. L’idée de Wim Hof, c’est que l’on peut reprendre le contrôle de fonctionnement physiologiques tels que la sécrétion d’hormones ou la production de défenses immunitaires – et pour parvenir à ce niveau-là, il s’agit de savoir écouter, sentir et donc avoir une plus grande maîtrise de son corps. En la matière, le yoga est une discipline de choix – et les postures de force et d’équilibre réalisées en pleine nature font partie des images récurrentes qui circulent sur les profils de la communauté Wim Hof Method (WHM).

Nous voici donc sur les matelas, à essayer de reproduire la posture du corbeau que Nicole et Bart viennent de nous montrer avec aisance. C’est loin d’être une posture de débutant, ce que nous sommes pourtant plusieurs à être – mais ils nous expliquent que c’est avant tout un exercice pour le mental, et que le corps sait trouver l’équilibre nécessaire pour peu qu’on lui en laisse la liberté. Quelques suggestions de visualisation plus tard, je fixe un point au sol, respire et me lance. Impression d’être mes épaules, d’être mes doigts, d’être mon front, impression d’être à la fois plongée à l’intérieur de mes sensations et de m’observer de l’extérieur. Alors que mes orteils cherchent à décoller du sol, une voix murmure « Focus on your breathe, hypnotize yourselfCrowPose».
Les mots me portent, les pieds décollent pour quelques secondes qui me semblent être une éternité. « You did it! » La photo est là pour me le prouver, et à ce moment-là, malgré mes bras et mes poignets en feu, je me sens forte et vivante – comme en franchissant la ligne d’arrivée d’un Marathon !


Le grand plongeon

Lors de la pause qui suit, d’énormes sacs de glaçons sont sortis des congélateurs et versés dans la piscine. Depuis plus de 3 heures, nous respirons et entraînons notre mental et notre corps pour ce moment, celui du froid. L’excitation du groupe monte d’un cran le temps des explications théoriques, et il est temps d’enfiler le maillot de bain. Les glaçons sont renouvelés, d’autres sont ajoutés, ce n’est plus une piscine, c’est une mer de glace !

Le jeu est simple : chaque participant se plonge dans l’eau dès qu’il se sent prêt, et y reste seul, en parlant ou pas – c’est son expérience et il la vit à sa guise, pour 1, 2 ou 3 minutes… Intérieurement je suis déjà dans la piscine, je sais que je suis prête. J’envie et applaudis les 3 premiers qui ressortent exaltés et visiblement ébahis de leur exploit, et avant d’avoir le temps de penser, je m’élance et m’enfonce sous l’épaisse couche gelée. IntheIce
Malgré les suggestions préalables d’acceptation de la sensation, les premiers instants sont une lutte : entre ma volonté de vivre l’expérience à fond, le ressenti de mon corps qui enregistre une information brutale, l’instinct qui cherche à fuir au plus vite cette morsure et Nicole qui me dit de porter mon attention sur ma respiration, c’est un tumulte des sens et des émotions.
Je cherche un point de focus car je sais que la réponse passe par la concentration, le trouve dans les yeux de Nicole qui comprend mon besoin et m’offre son regard. Aussitôt, mes tremblements cessent, un grand calme s’installe, je suis envahie d’une confiance qui me laisse penser que je pourrais rester là indéfiniment. Je quitte les yeux de Nicole en m’entendant dire « Now I control it… », et pendant que mon regard flotte dans le vague, elle me répond doucement « Yes you do, I can see it… », ce qui m’aide encore plus.

Aussi incroyable que cela puisse paraitre alors que la température de l’eau est à peine positive, je perçois de la chaleur dans mon corps – mais à cela moment-là, l’information me semble tout à fait normale, je ne réfléchis pas, je n’analyse pas, je prends ce qui vient. Une voix murmure que les 2min30 sont dépassées. Je sais que je peux rester plus, et je sais aussi que je n’en n’ai plus besoin, j’ai vécu ce que j’avais à vivre pour cette fois. Je m’extraits de la glace sous les applaudissements bienveillants, et m’isole quelques pas plus loin pour profiter de l’état jusqu’au bout, tout en le laissant se dissiper lentement avant de retourner encourager mes compagnons

RooftopL’ensemble de notre groupe se sera prêté à l’expérience, qui se clôture donc dans une euphorie teintée de fierté.
Le coucher de soleil s’invite sur les toits de Barcelone, et nous prolongeons encore un peu la magie de l’instant pour échanger : chacun, à sa manière, a l’impression d’avoir dépassé ou découvert quelque chose.  Pour ma part, j’ai clairement confirmé une intuition : la porte du froid est ouverte.

Que dirait un conférencier TED pour conclure ? Peut-être qu’il soulignerait la capacité étonnante avec laquelle on peut dépasser certaines croyances, si l’on s’en donne les moyens. Il pourrait aussi noter qu’après la fibromyalgie qui m’a amenée à découvrir l’énergétique et l’hypnose, cette fois c’est une aponévrosite qui m’oriente vers la respiration et le froid. Mais n’étant pas sur une scène, je peux simplement préciser que depuis 15 jours, je n’ai pris que des douches froides ou glacées, et que cela m’est de plus en plus  possible, facile, voire, agréable. D’autant que mon pied, lui, parcourt maintenant les routes asphaltées ou montagneuses avec une seule sensation : celle du kiff!  Alors peut-être que mon mot de la fin a juste envie d’être : « à suivre… ».

 

 

 

 

 

About sevduhaulehung

Hypnose - Communication - Running
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