Hypnoses 2013 – un Colloque organisé par l’Arche (12 octobre 2013)

logoArche Il y a deux manières d’assister à un Colloque (terme qui désigne un ensemble de conférences de spécialistes) : le mode « consommateur », qui vient chercher dans un supermarché d’idées quelques informations précises sur les thèmes qui l’intéressent, et le mode « explorateur », qui aborde chaque sujet avec curiosité et profite de l’expérience pour découvrir de nouveaux territoires.
Sans surprise connaissant l’Arche, c’est surtout aux Marco Polo de la pratique hypnotique que s’adressait Hypnoses 2013 : conçue comme une succession de rencontres avec des praticiens de tous horizons, la journée abordait les principaux domaines dans lesquels l’hypnose est aujourd’hui de plus en plus présente : thérapie et coaching bien sûr, mais aussi éducation, milieu médical, sport, art, et d’autres encore.
Sur un principe de formats courts privilégiant le vécu, les « acteurs » du Colloque (l’évènement était organisé dans un théâtre magnifique au cœur de Paris) ont su donner à cette journée riche et dense une fluidité étonnante, grâce aux moments d’émotions qui ont agrémenté leurs présentations minutieusement préparées. De ces plus de 13 heures de Colloque, mon filtre personnel a retenu quelques idées clés, distillées tout au long des 15 interventions.

L’hypnose, une pratique en devenir

L’expression « Révolution du Mental » est introduite dans le Colloque par Philippe Gabilliet (Directeur Académique de la Division Corporate de l’ESCP, Grande Ecole de Management parisienne), lors de la Table Ronde consacrée à l’éducation. Il explique en effet que dans les entreprises aujourd’hui, la notion de Mental devient essentielle, car le monde du travail est violent, et nécessite de savoir prendre en compte les réactions des hommes soumis à de fortes pressions (gestion du stress, des émotions, etc.…). C’est pourquoi une école de Management doit apprendre à ses élèves à « entrainer leur cerveau », pour être préparés au niveau mental à faire face à toutes les situations, par la connaissance d’eux-mêmes et la connaissance des autres. Les apports de l’hypnose dans ce rôle de  « mental trainer » que doit embrasser le manager de demain, sont nombreux.
Cette rencontre entre l’hypnose et la pédagogie est l’un des exemples qui ont été déroulés pendant le Colloque : chaque jour, dans des domaines aussi variés que la santé, la thérapie ou l’entreprise, entre autres, des professionnels s’intéressent à la manière dont les techniques hypnotiques peuvent faire avancer leur propre pratique.

Ainsi, Anne Chervet (psychologue et neuropsychologue spécialisée dans les problématiques du vieillissement) s’est elle aussi formée à l’hypnose Ericksonienne, dont elle mesure régulièrement les bienfaits, dans son approche des malades d’Alzheimer notamment. Les capacités d’attention, d’écoute et de communication verbale et non verbale qu’elle a développées au travers de sa pratique de l’hypnose lui sont utiles pour une meilleure prise en charge des malades. Elle nous relate son quotidien au travers d’anecdotes pleines d’émotions retenues et de respect pour ces personnes qu’elle accompagne – histoires qui, souvent, mettent en avant l’intérêt de sensibiliser le personnel soignant à des techniques qui leur permettent une meilleure gestion des malades, mais aussi de leurs proches.

Autre domaine, autres synergies : dans le monde de l’entreprise, Françoise Beigbeder (Consultante pour la Mobilisation des Ressources) utilise elle aussi l’hypnose Ericksonienne comme révélateur et accélérateur de changements. Elle module son utilisation des techniques hypnotiques en fonction de l’ouverture de ses interlocuteurs : séances d’hypnose « officielle » pour développer la créativité de groupes de managers, ou simple intégration de ses capacités d’écoute et de communication à son rôle de consultante pour faciliter la gestion de conflits par exemple.
Car toute l’ambiguïté est là : l’hypnose est aujourd’hui de plus en plus médiatisée (articles dans la presse même généraliste), et reconnue (utilisée dans de nombreux hôpitaux pour des anesthésies, par des urgentistes, ou des dentistes…) – mais elle reste méconnue et porteuse d’idées reçues qui freinent encore son utilisation officielle dans de nombreux domaines.

C’est donc au fur et à mesure des rencontres, des applications, et surtout des résultats, que l’intégration de l’hypnose va pouvoir se développer. Hypnoses 2013 a ainsi concrétisé une idée que Kevin Finel insuffle dans toutes les formations de l’Arche : tout reste à faire, et il appartient à chaque praticien de pouvoir être acteur de ce développement.

La créativité au cœur de la pratique de l’hypnose

Pour participer ainsi à l’évolution de l’hypnose, les hypno-logues/ -tiseurs/ -praticiens/ -thérapeutes (etc.) doivent faire appel à cette capacité si indispensable dans leur pratique : la créativité.  C’est elle qui permet d’intégrer l’hypnose à de nouveaux environnements, d’en imaginer de nouvelles applications, ou encore de développer de nouveaux styles de pratique. En la matière, chaque intervenant du Colloque a, d’une manière ou d’une autre, souligné ou démontré l’importance de la créativité dans sa manière d’aborder l’hypnose.

Yves Wauthier (Psychothérapeute, spécialisé en thérapie brève et traitement du stress post-traumatique) présente notamment son approche du traitement des traumatismes par la thérapie provocatrice – où la créativité joue un rôle clé. Face à des personnes dont le fonctionnement est brutalement «stoppé» par un évènement de la vie, il explique l’importance d’utiliser toutes les techniques possibles pour faire réagir – et la provocation, par son caractère inattendu et souvent en rupture par rapport à d’autres discours d’accompagnement plus conventionnels, peut provoquer ce sursaut.

Dans un autre domaine, Martine Tual  elle aussi, innove et créé au quotidien. Kinésithérapeute, podologue et ostéopathe, elle travaille en centre spécialisé dans le traitement des polytraumatisés. Depuis sa formation à l’Arche en 2009, elle pratique l’hypnose avec des patients du centre qui affichent des pathologies lourdes et dont la vie est bien souvent “démolie” : c’est donc un travail de reconstruction qu’elle entreprend avec chacun. Convaincue que l’une des clés de la guérison réside dans la compréhension du mal, elle utilise des explications souvent imagées pour que chaque patient puisse se représenter ce qu’il a de manière très factuelle – et s’émerveille de la créativité qu’elle sait susciter en retour chez ces personnes, qui trouvent elles-mêmes les meilleurs moyens et les ressources pour réparer leurs traumatismes.

C’est d’ailleurs à la créativité que Jean Dupré (maître-praticien en hypnose et en PNL) consacre son intervention. Il développe l’idée que “la non-créativité est une incompétence apprise” : une conclusion à laquelle George Land (éducateur et auteur américain), est parvenu à l’issue d’une expérience menée entre 1968 et les années 80. En partant d’un test de la créativité mis au point par la NASA pour identifier les ingénieurs et scientifiques les plus inventifs, il a fait passer ce test à 1600 enfants de 5 ans – et les a suivis pour leur faire repasser le test tous les 5 ans. De tous les jeunes de cinq ans ayant fait le test,  98% ont été identifiés comme «  très créatifs ». Cinq ans plus tard, ces mêmes enfants âgés de 10 ans repassent le test : ils ne sont plus que 30% à être identifiés comme très créatifs. Et cela diminue encore à 12% lorsque 5 ans plus tard, il re-teste les sujets, âgés de 15ans. Ce même test donné à un groupe d’adultes affiche seulement … 2% d’individus « très créatifs » ! Jean Dupré explique alors que « la plupart des techniques d’hypnose ont comme vocation à mettre en panne notre fonction sachante », car c’est lorsque l’on ne sait pas que l’on peut apprendre.

Utilisée en hypnose, la créativité peut donc également être stimulée par celle-ci, car l’un des rôles de l’hypnose eet de nous permettre de retrouver notre part créative.

« C’est ce que nous croyons savoir qui nous empêche le plus d’apprendre » (Claude Bernard)

Le rôle de celui qui « fait » de l’hypnose

La formule est de Thierry Janssen (psychothérapeute spécialisé dans l’accompagnement des patients atteints de maladies physiques), qui distingue en cela ce que nous sommes de ce que nous faisons. « Pour quoi » fait-on de l’hypnose en effet ? Chaque intervenant a, dans son intervention, répondu à cette question essentielle.

Jean-François Hirsch (formateur en hypnose et en analyse comportementale), qui ouvrait le Colloque avec une conférence sur la Scénarisation d’une séance d’hypnose, a mis en avant le rôle de « questionneur » du praticien en hypnose, en soulignant l’intérêt de savoir poser les bonnes questions pour créer des failles dans l’argumentation, et mettre en avant les incohérences dans le discours.

Une idée également développée par Jean-Yves Wauthier, pour qui le rôle de l’hypnose est de permettre à la personne de réaliser qu’elle est dans un système de croyances, et de l’amener à retrouver ses vraies valeurs par des techniques diverses  (l’interrogation et la provocation, dans son cas).

C’est Frédéric Vincent (formateur en hypnose, auto-hypnose, PNL et PNL-H) qui définit l’hypnotiseur comme un « spécialiste du changement », comme « celui qui va arriver à capter où sont les nœuds et mettre en place les leviers qui garantissent l’évolution ». Pour ce spécialiste de l’hypnose rapide en thérapie, le rôle de l’hypnose (et donc de celui ou celle qui la pratique) est de croire, d’être convaincu de la possibilité du changement chez l’autre – il est donc nécessaire que celui qui « fait » de l’hypnose incarne cette conviction.

Plusieurs intervenants ont repris le même postulat, selon lequel « on ne peut pas résoudre un problème dans le même état de conscience dans lequel on a créé ce problème ». L’hypnose, en créant les conditions d’un état mental différent, créé donc les conditions d’une possibilité de changement. Celui qui « fait » de l’hypnose doit donc créer, pour l’autre, les meilleures conditions d’un état mental différent.

La présence et l’intention : s’il ne devait y avoir qu’un message…

Dès son entrée sur la scène du théâtre Adyar, Thierry Janssen créé une atmosphère particulière. En prenant son temps, il se place face à nous, ajuste sa position, s’installe dans sa concentration. Plus tard dans son intervention, il utilisera plusieurs fois les termes de « centrage », et d’ « alignement » : c’est en effet un orateur parfaitement centré et aligné qui prend la parole, et nous parle de l’importance de la présence et de l’intention dans la relation d’accompagnement. Il est alors 20h, et depuis le matin, ces 2 notions sont au cœur de toutes les interventions…

L’intention (ce « mouvement de l’âme par lequel on tend à quelque fin »), est régulièrement mise en avant, expliquée, montrée et incarnée par Kevin Finel. C’est cette idée d’une hypnose « tournée vers ».  C’est cette idée de la « position basse du thérapeute », qui sait écouter et se mettre en retrait pour placer la personne au cœur de la séance.

Et pendant le Colloque, c’est Jean-François Hirsch qui mentionne « l’importance de l’attention que l’on porte à la personne pour que la séance d’hypnose sonne juste ».
C’est Yves Wauthier qui souligne que la thérapie provocatrice ne peut fonctionner qu’à condition de faire preuve « d’attention et de bienveillance ».
C’est encore Anne Chervet ou Martine Tual, qui témoignent de l’importance de l’attention qu’elles doivent porter à leurs patients fragilisés, du respect dont il faut faire preuve en contexte médical ou para-médical, et de l’intérêt de transmettre ces notions à un personnel soignant souvent très efficaces dans la gestion des maux, mais peu formé à l’accompagnement par les mots.

Mais c’est aussi l’intervention émouvante de Pierre-Alain Perez (Maître-praticien en hypnose Ericksonienne, spécialisé dans l’accompagnement des traumatismes lourds et traumatismes de guerre), qui, en nous plongeant au cœur de son parcours personnel en pleine guerre du Liban, nous explique comment il a découvert la force de cette intention, qui peut passer au-delà de la barrière du langage – et son pouvoir hypnotique.

La notion de présence est plus complexe à décrire – mais elle prend tout son sens lorsque Jean Barney (acteur français qui intervient régulièrement dans les formations de l’Arche) monte sur scène. Un tabouret, un texte – A qui la faute ? (Victor Hugo), une voix… et cette capacité à investir la scène, la salle, à nous suspendre à chacun de ses mots, à mettre dans ses silences autant de contenu que dans ses phrases… Jean Barney est présent, hypnotique, et chacun, dans la salle, comprend que son incursion dans le Colloque est destinée à bien plus qu’à offrir un magnifique préambule à la table Ronde sur « l’Hypnose, une autre réponse à l’éducation ? ».

Plus tard, et dans un tout autre style, c’est Daniel Goldschmidt (Psychologue clinicien formé à l’hypnose) qui, par sa présence tranquille, toute en finesse et en humour, maintient notre attention sur son exposé pourtant complexe sur « l’hypnose, l’approche cognitive et comportementale ». Il questionne l’existence d’un état d’hypnose en évoquant les avis divergents des 2 approches – mais surtout, il multiplie les digressions qui pimentent son récit, et nous offre un exemple réjouissant de présence sympathique, et très efficace.

La présence et l’intention peuvent prendre différentes formes – mais elles  sont essentielles à la pratique de l’hypnose. C’est par l’exigence et le travail, l’ouverture à soi et aux autres, que l’on peut les développer.

Pour conclure

15 conférences, autant de pratiques, de praticiens, d’univers et d’expériences différents : il est bien sûr impossible de mentionner ici toutes les idées qui ont foisonné au cours de ce Colloque.

Ainsi, l’intervention de Jan Kounen (réalisateur, producteur et scénariste), en point d’orgue de cette journée, a permis d’ouvrir nos consciences à d’autres « états modifiés de conscience » que ceux que nous expérimentons avec l’hypnose.

Eclectisme, ouverture, mais aussi exigence : par leur professionnalisme, les intervenants comme les organisateurs de cette journée ont également montré que la recherche de l’excellence, en hypnose comme dans tous les domaines, est la meilleure preuve de respect que l’on peut offrir à ses clients.

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